« Moi, j’avais écrit ça… », « Moi, j’avais conseillé ça à Mamadi Doumbouya… », « Dieu merci, Doumbouya a suivi ce que j’ai dit… ».
Depuis l’annonce de la grâce présidentielle accordée le vendredi 28 mars 2025 à l’ancien chef du CNDD, Moussa Dadis Camara, le pays est en proie à une épidémie de narcissisme foudroyant. Tout à coup, prophètes autoproclamés, politiciens en mal de reconnaissance, journalistes en manque de scoops et blogueurs avides de lumière s’arrachent la paternité de cette décision. À les écouter, ils sont tous les inspirateurs du général Mamadi Doumbouya, sans qui cette grâce n’aurait jamais vu le jour. Mieux encore, certains semblent convaincus que le président lui-même ne comprend pas vraiment ses propres stratégies.
Félicitations donc à nos éminences grises de la politique ! Merci d’avoir su, avant même le chef de l’État, ce qui est bon pour lui et pour la Guinée. Maintenant, si vous pouviez redescendre de votre Olympe de l’autosatisfaction pour rejoindre le commun des mortels, vous réaliseriez que cette grâce n’a surpris personne. Ce qui surprend, en revanche, c’est son timing.
Beaucoup s’attendaient à un tel geste après que la justice ait épuisé tous les recours dans l’affaire du 28 septembre 2009, notamment à travers la Cour d’appel et éventuellement la Cour suprême. Mais le général Mamadi Doumbouya a pris tout le monde de court en signant l’acte dès maintenant. D’ailleurs, il se murmure que Moussa Dadis Camara aurait finalement renoncé à faire appel, rendant cette clémence encore plus opportune.
En réalité, nos brillants devins politiques feraient bien de comprendre que leurs « conseils » sont arrivés bien trop tard. Car cet acte s’inscrit dans une stratégie longuement réfléchie, amorcée dès que le général Mamadi Doumbouya a reçu au Palais Mohammed V en décembre 2021 (voir photo du haut) les deux anciens hommes forts du CNDD, le capitaine Moussa Dadis Camara et le général Sékouba Konaté. Cette démarche est à la fois politique – en vue des échéances électorales – et réconciliatrice, pour apaiser les tensions nationales.
Preuve en est, la veille même de cette grâce, un décret présidentiel a été publié, actant l’indemnisation des victimes des événements du 28 septembre 2009. Un signal fort envoyé à l’opinion : rassurer les victimes avant d’accorder une mesure de clémence au principal accusé. D’ailleurs, qu’on se le dise, cette grâce n’efface pas le passif judiciaire de Moussa Dadis Camara : son casier judiciaire reste lourdement chargé, et sauf amnistie, il demeure inéligible. Mais qui sait ? Cette dynamique pourrait aussi servir un dessein électoral plus large, profitant à une éventuelle candidature de Mamadi Doumbouya en cette année hautement politique.
Mais bien sûr, nos illustres Nostradamus guinéens avaient déjà tout vu venir ! Il serait alors fort intéressant qu’ils nous prédisent la suite des événements… Histoire qu’on sache à l’avance qui remercier dans les prochains mois !
Abdoulaye Sankara Maco, Journaliste