La récente vidéo publiée sur les réseaux sociaux par Nouman Kouyaté, alias « Lambétigui », animateur à la télévision nationale, a suscité une profonde indignation au sein de la communauté koniaké. En quelques mots, il a visé et dénigré une communauté entière, provoquant frustration et incompréhension chez nombre de citoyens.
Proche affiché des actions du CNRD et du Général Mamadi Doumbouya, Nouman Kouyaté semble s’autoriser une liberté de ton qui tranche avec la retenue à laquelle tout agent public devrait se conformer. Pourtant, jamais le Chef de l’État n’a encouragé de tels écarts : ils ne reflètent ni sa vision, ni son éducation, ni l’esprit de leadership qu’il s’efforce d’incarner.
Une absence d’auto-saisine de la HAC qui interroge
En tant qu’animateur à la RTG, institution emblématique de l’État, Nouman Kouyaté est soumis à des obligations de réserve, d’éthique et de déontologie. La Haute Autorité de la Communication, garant du respect des normes professionnelles dans les médias, a déjà sanctionné par le passé des organes de presse ou des journalistes pour des manquements bien moins graves que des propos à caractère communautaire.
Laisser passer de telles dérives sans réaction risque d’alimenter des tensions inutiles entre deux composantes issues du même héritage mandingue et liées par les mêmes traditions, mœurs et valeurs. Le rôle des griots, défini depuis la Charte du Kouroukanfouga, devrait appeler au contraire à l’apaisement et à la cohésion.
Une dimension pénale qui ne peut être ignorée
Les injures publiques, en particulier lorsqu’elles ciblent une communauté et sont diffusées en ligne, relèvent clairement du champ pénal. La justice, garante du principe d’égalité de tous devant la loi, devrait s’en saisir avec impartialité. Or, le silence actuel interroge, d’autant que sous l’ère de Charles Wright au ministère de la Justice, des propos similaires à Djelibakoro avaient immédiatement donné lieu à des poursuites.
Face à la montée des discours haineux sur les réseaux sociaux, une régulation plus ferme apparaît indispensable. Les attaques communautaires, confessionnelles ou personnelles se multiplient dans une impunité quasi totale. Le Garde des Sceaux est attendu sur ce terrain, car la justice semble aujourd’hui moins réactive qu’elle ne l’était il y a encore quelques mois.
Préserver l’héritage mandingue
Au-delà de l’urgence judiciaire ou médiatique, un travail de fond s’impose. Le ministère de la Culture gagnerait à organiser un forum sur l’histoire du Mandingue, afin de permettre à la jeune génération de griots de renouer avec l’authenticité et la noblesse de cette tradition. Le chant, la parole publique et la médiation sociale, au cœur du rôle du griot, ne doivent pas être instrumentalisés dans des querelles contemporaines.
Laye Famo Condé
Journaliste














