Guinée – “Aucune de mes filles n’est excisée” affirme Amadou Oury Barry. Amadou incarne la figure d’un homme d’État engagé, dont le parcours professionnel se confond désormais avec une mission sociale et vitale : l’éradication des mutilations génitales féminines (MGF) dans sa circonscription de Franwalia, dans la préfecture de Siguiri, en Guinée.
Cet homme de tenue, dont l’expérience s’est forgée au fil de diverses missions, est devenu un véritable agent du changement au service de la loi et du bien-être de sa communauté. Son travail et son engagement ont permis à plus de 70% de sa communauté de renoncer aux mutilations génitales féminines.
Avant d’être nommé Sous-Préfet de Franwalia, l’actuel Lieutenant-Colonel Amadou Oury Barry a tracé un chemin d’homme de terrain et d’administrateur dévoué. Issu d’un concours national qui l’a mené à l’École Nationale de Police, il a occupé des postes clés, notamment aux frontières guinéo-maliennes, avant d’être muté à travers plusieurs sous-préfectures. Cette longue carrière, marquée par l’application rigoureuse de la loi, constitue la base de son engagement actuel, où il se voit attribuer un double rôle.
‘’Je pense que je joue les deux rôles… j’aide les partenaires qui ont choisi la Guinée sur l’élimination des MGF et j’aide à garantir les politiques de l’État sur le terrain dans différents domaines y compris dans la lutte contre cette pratique ’’
Le Déclic et l’engagement contre les mutilations génitales féminines
L’engagement du Sous-Préfet Barry prend une dimension concrète à partir de sa prise de fonction. En 2023, il signe un engagement avec l’ONG ASD dans le cadre d’un plan de travail liant le Gouvernorat de Kankan au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).
Sa stratégie de lutte repose sur une approche méthodique et rigoureuse, commençant par la vulgarisation de la loi auprès des villages de sa sous-préfecture. Il insiste inlassablement sur la force du droit guinéen dans la démarche pour montrer aux communautés l’urgence de mettre fin à la pratique.
‘’Les MGF font l’objet d’une interdiction par la loi portant sur le Code de l’Enfant Guinéen’’ note – t – il. Mais au-delà de la loi, l’outil principal de transformation utilisé par ce sous-préfet dans la réponse nationale aux mutilations génitales féminines dans sa communauté est la sensibilisation.
‘’Je peux dire que c’est la sensibilisation qui a marché dans la sous-préfecture de Franwalia. Je vais vers les communautés, je m’assois avec elle et on dialogue sur le sujet sans tabou’’
Cette approche a notamment porté ses fruits dans les districts de Bendougou et Bougoulon, où des femmes se sont engagées à l’abandon définitif de la pratique.
Sa méthode se caractérise par une présence active sur le terrain, où il va directement à la rencontre des populations. Conscient que la lutte ne peut être menée seul, le Lieutenant-Colonel Barry a su intégrer des acteurs clés dans son dispositif de sensibilisation.
‘’Je travaille avec la société civile à travers l’ONG ASD, ensuite j’élargis la collaboration aux leaders religieux qui passent le même message dans les mosquées et enfin je suis avec tous les autres partenaires communautaires dont les femmes leaders, les sages…’’ mentionne – t – il le regard chargé de fierté.
Poursuivant, il indique : ‘’les communautés doivent bâtir des alliances pour venir à bout de ce phénomène et c’est ce que je fais dans ma communauté’’.
En Guinée, selon l’enquête démographique de santé de 2018, les Mutilations Génitales Féminines sont très répandues parmi les femmes de 15 à 49 ans. La même source indique que 39% des filles de moins de 15 ans sont touchées par cette pratique.
Dans la région de Kankan, où se situe la sous-préfecture de Franwalia, la prévalence des MGF est de 96%, légèrement en dessus de la moyenne nationale selon l’EDS de 2018. Mais de plus en plus de communautés renoncent à cette pratique dans cette région. C’est donc le cas de Franwalia à travers l’engagement de son sous-préfet depuis 3 ans déjà. Malgré cet engagement qui inspire, des défis demeurent comme le souligne Coulibaly :
‘’La plus grande difficulté que nous avons, c’est que dans les communautés, les gens n’ont pas suffisamment d’activités génératrices de revenus notamment les femmes qui ont déposé le couteau… Il faut au moins créer des initiatives pour les revenus.’’
Pour le Sous-Préfet Amadou Oury Barry, la fin de l’excision est une bataille gagnée dans les esprits, mais elle doit être consolidée par des opportunités économiques, permettant aux communautés de substituer une pratique néfaste à une alternative viable et digne. Il est un symbole de la manière dont la rigueur de la loi peut se marier à la diplomatie communautaire pour engendrer une transformation sociale profonde














