Le ton est donné. À peine installé dans ses fonctions de Procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières, Alphonse Charles Wright affiche une posture offensive et sans équivoque : intensifier la lutte contre la corruption en Guinée, sans considération de statut ni de fonction.
Lors de sa prise de fonction ce jeudi 9 avril 2026, l’ancien ministre de la Justice a dévoilé les grandes lignes de sa stratégie, articulée autour de la fermeté judiciaire, de la transparence et de l’implication citoyenne. « Personne ne sera épargné », a-t-il martelé à plusieurs reprises, résumant ainsi une approche qui se veut radicale dans un contexte où la lutte contre l’impunité demeure un enjeu central de la refondation de l’État.
Dans un discours direct et inhabituellement critique, Alphonse Charles Wright a reconnu l’ampleur du phénomène corruptif, qu’il décrit comme profondément enraciné dans toutes les strates de la société guinéenne. Selon lui, ni les membres du gouvernement, ni les magistrats, ni les hauts fonctionnaires ne doivent se considérer à l’abri de poursuites judiciaires. Une déclaration lourde de sens qui traduit une volonté affichée de rompre avec certaines pratiques du passé.
Institution clé dans la répression des crimes économiques, la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières pourrait, sous son impulsion, entrer dans une nouvelle phase marquée par une intensification des poursuites et une restauration progressive de la crédibilité judiciaire. Le magistrat a insisté sur la nécessité de mettre fin aux interférences et aux arrangements informels qui ont longtemps fragilisé l’autorité de la justice.
Dans une démarche d’ouverture, il a également annoncé la mise en place d’un numéro vert, le 627 97 17 17, destiné à permettre aux citoyens de dénoncer les faits de corruption. En plaçant la population au cœur du dispositif, il entend faire de chaque citoyen un acteur de la moralisation de la vie publique, dans un pays où le silence et la peur ont souvent freiné la dénonciation des pratiques illicites.
Souhaitant donner l’exemple, Alphonse Charles Wright a annoncé qu’il procédera lui-même à la déclaration de ses biens, conformément aux exigences légales. Ce geste, hautement symbolique, vise à renforcer sa crédibilité et à instaurer une culture de transparence au sommet de l’État. Il a rappelé à cette occasion que nul n’est au-dessus de la loi, soulignant s’être déjà soumis à la justice lorsqu’il occupait des fonctions ministérielles.
Dans un aveu rare, le procureur spécial n’a pas hésité à pointer du doigt les dysfonctionnements internes à l’appareil judiciaire, évoquant notamment le monnayage des décisions de justice. Une pratique qu’il considère comme un obstacle majeur au développement du pays et à la confiance des citoyens envers les institutions.
L’arrivée de Alphonse Charles Wright à la tête des poursuites de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières intervient dans un contexte où les attentes en matière de justice et de bonne gouvernance sont particulièrement élevées. Après plusieurs années marquées par des scandales financiers et des critiques sur l’efficacité des institutions, cette nouvelle dynamique pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte contre l’impunité.
Entre espoir et scepticisme, l’opinion publique reste attentive. Si certains saluent une posture courageuse et volontariste, d’autres appellent à juger sur les actes plutôt que sur les déclarations.
Dans un pays en quête de refondation institutionnelle, la crédibilité de cette offensive dépendra de son impartialité, de sa constance et de sa capacité à s’appliquer à tous, sans distinction.
Nfaly Guilavogui














