Monsieur le Président, votre décision relative à la construction de raffineries d’or sur le territoire national est à saluer. Au-delà de sa dimension économique, elle s’impose aujourd’hui comme une nécessité stratégique et une exigence fondamentale de souveraineté nationale.
Toutefois, elle ne produira les effets escomptés que si elle est accompagnée d’une rigueur exemplaire dans son application. Sans une volonté ferme de la faire respecter, cette ambition risque de demeurer une promesse stérile, privée de toute portée concrète.
La gestion vertueuse de nos ressources minières constitue aujourd’hui un défi d’une complexité considérable. Les obstacles qui entravent une gouvernance responsable du secteur sont nombreux et profondément enracinés.
Pour transformer cette richesse naturelle en véritable levier de prospérité nationale, il vous faudra faire preuve d’un courage politique constant, mais également d’un pragmatisme sans faille dans la conduite des réformes.
L’obligation faite aux sociétés minières opérant dans le secteur aurifère de construire des raffineries sur le territoire national afin de mettre un terme à l’exportation de l’or brut vers l’étranger, où il est raffiné avant d’être réintroduit sur le marché mondial, constitue une décision à la fois responsable, visionnaire et profondément républicaine.
Les chiffres disponibles illustrent parfaitement l’ampleur de l’enjeu. Selon les données publiées par la Société AngloGold Ashanti de Guinée (SAG) à travers Agence Ecofin, sa production d’or a atteint près de 295 100 onces en 2025, contre 273 000 onces en 2024, soit une progression de près de 8 %.
Pourtant, l’intégralité de cette production a été raffinée hors de la Guinée, privant ainsi notre économie d’une importante part de la valeur ajoutée générée par cette ressource stratégique.
Plus significatif encore, le chiffre d’affaires estimatif de la SAG pour l’année 2025 s’élèverait à environ 990 millions de dollars, contre 653 millions de dollars en 2024, soit une hausse remarquable portée par l’augmentation de la production et la vigueur des cours internationaux de l’or.
Ces performances démontrent le potentiel considérable du secteur aurifère guinéen.
Or, malgré ces recettes colossales, les retombées réelles pour les finances publiques demeurent largement en deçà des attentes.
Les recettes fiscales issues de ces activités, estimées entre 80 et 100 millions de dollars, semblent souvent se diluer à travers divers circuits administratifs et financiers, au point que le Trésor public ne bénéficie pas toujours de l’intégralité des ressources auxquelles il pourrait légitimement prétendre. Une telle situation appelle à une vigilance accrue et à un renforcement des mécanismes de contrôle et de transparence.
La création de raffineries d’or en Guinée permettrait pourtant de capter une part substantielle de la richesse actuellement transférée à l’étranger. En prenant uniquement l’exemple de la SAG, le raffinage local des 295 100 onces produites en 2025 pourrait générer plusieurs dizaines de millions de dollars supplémentaires sous forme de valeur ajoutée, de revenus fiscaux, de création d’emplois qualifiés et de développement industriel.
À cela s’ajouteraient plusieurs avantages stratégiques : une meilleure valorisation du métal raffiné sur les marchés internationaux, une réduction significative des coûts liés au transport et à l’assurance des cargaisons vers des raffineries étrangères, ainsi que la possibilité de récupérer et de commercialiser d’autres métaux précieux, notamment l’argent et le cuivre, séparés lors du processus de raffinage.
L’exemple du groupe Managem, présent notamment dans la préfecture de Mandiana, illustre également l’importance économique du secteur avec un chiffre d’affaires annuel global de 13,7 milliards de dirhams en 2025 (soit environ 1,36 milliard de dollars), dont un chiffre d’affaires mondial en hausse de 55 % en 2025, porté notamment par l’envolée des cours de l’or. Selon le rapport du le360.
Les performances financières enregistrées par ce groupe démontrent à quel point les ressources aurifères constituent un moteur de croissance majeur. Il est donc légitime que la Guinée aspire à capter une part plus importante de la richesse générée sur son propre territoire.
À terme, la mise en place d’une véritable industrie nationale du raffinage pourrait considérablement accroître les recettes publiques, renforcer notre souveraineté économique et réduire progressivement notre dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur.
Avec la construction de raffineries d’or sur le territoire national, la Guinée pourrait, à moyen terme, capter plusieurs milliards de dollars supplémentaires qui échappent aujourd’hui à son économie. En tenant compte du potentiel cumulé des principales sociétés minières opérant dans le pays, les gains directs et indirects générés par le raffinage local pourraient atteindre près de 4,5 milliards de dollars.
Ce chiffre est particulièrement révélateur lorsqu’on le compare au budget national de l’exercice 2025, arrêté à environ 4,8 milliards de dollars. Autrement dit, les revenus additionnels susceptibles d’être générés grâce à une politique ambitieuse de transformation locale représenteraient près de 94 % du budget annuel de l’État guinéen. Donc, avec une gestion rigoureuse, transparente et patriotique de ses fonds, la Guinée dispose de tous les atouts nécessaires pour financer durablement son développement et répondre efficacement aux besoins de ses populations.
Je tiens donc à féliciter le Président Mamadi Doumbouya pour avoir eu le courage d’engager cette réflexion stratégique. Toutefois, je l’invite également à demeurer vigilant et déterminé afin que cette ambition ne demeure pas un simple projet, mais qu’elle se traduise rapidement en réalisations concrètes au bénéfice de la nation.
Il est évident qu’une telle réforme suscitera des résistances. Certains acteurs, y compris au sein de l’administration, pourraient percevoir cette nouvelle orientation comme une menace pour leurs intérêts particuliers et chercher, ouvertement ou discrètement, à en entraver la mise en œuvre.
Face à ces tentatives de sabotage, l’intérêt supérieur de la Nation doit prévaloir. Aucune considération personnelle ne saurait prendre le pas sur l’impératif de développement et de prospérité collective. Et je vous conseille d’être sans état d’âme contre ces individus opportunistes.
La souveraineté économique de notre pays passe inévitablement par la maîtrise de ses ressources naturelles, leur transformation locale et la défense intransigeante de l’intérêt national.
C’est à ce prix que la Guinée pourra pleinement tirer profit de ses immenses richesses et bâtir un avenir de prospérité durable pour les générations présentes et futures.
Dr. Karamo Kaba
Consultant Santé Publique – Écrivain
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