Les élections législatives du 31 mai 2026 ne constituent pas seulement une recomposition parlementaire. Elles représentent un test de maturité institutionnelle pour l’État et pour l’ensemble de la classe politique. Le débat autour du choix du prochain ou de la prochaine présidente de l’Assemblée nationale ne devrait donc pas être réduit à une logique d’équilibre partisan, de récompense politique ou de calcul de majorité. Il engage, en réalité, la crédibilité démocratique du pays pour les années à venir.
Dans toute démocratie sérieuse, l’Assemblée nationale n’est pas une chambre d’enregistrement du pouvoir exécutif. Elle est un contre-pouvoir : elle vote les lois, contrôle l’action gouvernementale, surveille l’utilisation des finances publiques et garantit que l’intérêt général ne soit pas confisqué par les intérêts politiques du moment.
Le problème de nombreuses démocraties africaines n’est pas l’absence d’institutions, car les constitutions existent, les Assemblées nationales existent, les cours constitutionnelles existent et les gouvernements existent. Le véritable problème réside souvent dans la faiblesse des pratiques institutionnelles et dans la personnalisation excessive du pouvoir.
Dans plusieurs pays du continent, les présidents d’Assemblées nationales ont parfois transformé cette institution en simple prolongement du pouvoir exécutif, affaiblissant ainsi le principe fondamental de séparation des pouvoirs théorisé par Montesquieu. Une Assemblée nationale qui ne contrôle plus efficacement le gouvernement cesse progressivement d’être un pilier démocratique pour devenir une formalité administrative.
L’exemple de l’Afrique du Sud reste souvent cité dans les milieux universitaires et institutionnels. Malgré les tensions politiques, le Parlement sud-africain a régulièrement démontré sa capacité à interpeller le pouvoir exécutif, y compris les plus hautes autorités de l’État. À plusieurs reprises, des commissions parlementaires ont obligé des ministres à répondre publiquement de leur gestion. Ce mécanisme renforce la confiance des citoyens dans les institutions.
À l’inverse, certaines crises institutionnelles observées en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale ont montré les conséquences d’un Parlement affaibli, où l’on assiste souvent à une concentration excessive du pouvoir, à l’absence de contrôle budgétaire sérieux, à la corruption institutionnalisée et à la perte progressive de confiance populaire.
Le futur président ou la future présidente de l’Assemblée nationale devra donc comprendre que cette fonction n’est pas une décoration républicaine, mais plutôt une responsabilité d’État.
La personne choisie devra être capable de défendre l’autonomie du pouvoir législatif face aux pressions de l’exécutif, tout en maintenant un dialogue institutionnel responsable avec le gouvernement et le pouvoir judiciaire. Dans une démocratie équilibrée, aucun pouvoir ne doit dominer les autres ; chacun doit connaître ses limites. L’exécutif doit gouverner, le judiciaire doit arbitrer et le législatif doit contrôler, proposer et représenter le peuple. Et lorsque ces équilibres sont respectés, les institutions deviennent solides. Lorsqu’ils disparaissent, la démocratie devient fragile.
Le prochain président de l’Assemblée nationale devra également posséder des qualités rarement réunies dans le paysage politique contemporain, entre autres : une compétence institutionnelle, une autorité morale, une maîtrise des textes, une culture du débat contradictoire, une capacité de médiation et un sens élevé de l’État.
Un pays ne se reflète pas uniquement dans ses ressources naturelles, ses infrastructures ou ses statistiques économiques. Il se reflète aussi dans la qualité des femmes et des hommes qui incarnent ses institutions.
Les institutions politiques représentent l’ossature d’un pays, mais leurs dirigeants doivent en être l’image par leur compétence, leur rigueur, leur sens des responsabilités, leur exigence et leur stabilité.
Dans les grandes démocraties parlementaires, les présidents d’Assemblées nationales sont souvent choisis pour leur capacité à protéger l’institution avant leur camp politique. Cette culture institutionnelle manque encore dans plusieurs États africains, où les loyautés partisanes prennent parfois le dessus sur les exigences républicaines.
Or, un Parlement fort ne constitue pas une menace pour le pouvoir exécutif. Au contraire, il renforce la stabilité du pays. Les investisseurs internationaux, les partenaires techniques, les organisations financières et les citoyens eux-mêmes accordent davantage de confiance aux États où les institutions fonctionnent normalement et où les mécanismes de contrôle existent réellement.
Le choix du futur président de l’Assemblée nationale doit donc dépasser les intérêts politiques immédiats. Il doit répondre à une question fondamentale : quelle personnalité peut aujourd’hui protéger l’institution parlementaire, défendre l’équilibre démocratique et réconcilier les citoyens avec la vie publique ?
L’enjeu doit dépasser une simple nomination ; il s’agit du niveau de sérieux que la République entend désormais donner à sa démocratie, à ses institutions et à la confiance entre l’État et les citoyens. Le choix du prochain président de l’Assemblée nationale devra ainsi refléter une volonté claire de renforcer l’équilibre des pouvoirs, la crédibilité parlementaire et l’exigence républicaine au service de l’intérêt général.
Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique













