Après l’interdiction des sachets d’eau à usage unique, les consommateurs se sont massivement tournés vers les bouteilles souples d’eau minérale et minéralisée. Un basculement brusque qui n’est pas aussi sans conséquences. La question, que deviennent ces bouteilles, et où vont-elles après être vidées ?
Dans plusieurs quartiers de Conakry, flacons sont d’abord abandonnés dans les rues et les caniveaux avant d’être drainés par les eaux de ruissellement ou du vent jusque dans les mangroves. Une situation qui suscite l’inquiétude des riverains et des pêcheurs, préoccupés par les conséquences de cette pollution sur l’environnement et leurs activités.
Une solution qui devient de plus en plus un problème, la situation est déplorée par plusieurs citoyens. C’est le cas d’Ismaël Kourouma, croisé à Kissosso, derrière la station Total entrain de marcher sur une route en chantier et dont les caniveaux d’évacuation des eaux restent ouverts, et remplis par endroits de déchets plastiques.
Indigné par cette réalité qu’il juge peu honorable pour le pays, il dénonce le comportement de certains citoyens face à la gestion des déchets.
« Quand tu bois de l’eau dans un sachet, prends la peine de mettre le contenant dans une poubelle. Ne le jette pas dans la nature juste pour t’en débarrasser. C’est ce qui salit la nature. Les sachets d’eau, en eux-mêmes, ne salissent pas la nature. Les bidons non plus. C’est nous, les guinéens, pourtant dotés d’intelligence, qui salissons notre environnement. »
De son côté, Aboubacar Touré, rencontré dans la forêt d’Entag alors qu’il profitait de la fraîcheur des arbres, interpelle les producteurs d’emballages plastiques. Selon lui, ces entreprises doivent également prendre leurs responsabilités dans la lutte contre l’insalubrité.
« Les producteurs de plastiques, il faut les rendre responsables de l’assainissement de la ville de Conakry. C’est ainsi qu’on pourra rendre notre capitale propre », a-t-il invité.
Mais au-delà des rues et des caniveaux, ces déchets plastiques gagnent également les zones de mangrove. C’est le constat fait à Entag Fassa, où un reporter de sursautguinee.info s’est rendu. Là-bas, les emballages plastiques sont visibles un peu partout : à la surface de l’eau, sur les berges et jusque dans la végétation de la mangrove. Une pollution qui expose cet écosystème à des risques importants et contraint les crabes de mangrove à cohabiter avec ces déchets.
Sur place, les pêcheurs affirment que cette accumulation de matières plastiques complique dangereusement leurs activités. Pour illustrer l’ampleur du phénomène, Amara Bangoura, pêcheur, s’est à ramasser les déchets qui jonchent son lieu de travail devant nous. Visiblement remonté, il témoigne de la dégradation de cet espace naturel.
« Ici, c’était propre. Mais depuis que les sachets sont apparus, notre mangrove est complètement détruite. Actuellement, nous avons du mal à pêcher. »
Un constat partagé par Ibrahima Bangoura, lui aussi pêcheur dans cette zone. Il affirme que l’accumulation des déchets perturbe la circulation de l’eau et menace les activités des populations qui dépendent de la mangrove. « Notre mangrove est bouchée. Il n’y a plus de travail maintenant. Si le gouvernement ne nous vient pas en aide face à ces déchets plastiques, certains endroits de la capitale risquent d’être détruits par les eaux. Le passage de l’eau est bouché depuis la haute mer. »
Ces pêcheurs demandent une action gouvernementale exigeante afin de prévenir des mangroves et les rues de la capitale de ces bouteilles en plastique souple.
MOHAMED LAMINE DAFFÉ pour sursautguinee.info













