La libération de l’ancien chef de la junte, capitaine Moussa Dadis Camara pour des raisons de santé a suscité des réactions chez certains acteurs politiques.
Ce qui fut le cas du Président de l’Union des Forces pour le Retour à l’Ordre Constitutionnel (UFROC) Dr Ibrahima Sacko, qui, pense que la libération de Moussa Dadis Camara est une preuve manifeste du mépris des autorités actuelles envers la justice et les droits humains.
Quelques heures après la libération de l’ancien chef de junte militaire, capitaine Moussa Dadis Camara, le président de l’UFRO Dr Ibrahima Sacko a publié un message sur sa page Facebook pour exprimer son opinion concernant l’actualité.
Voici l’intégralité de sa communication
En accordant une grâce présidentielle à Moussa Dadis Camara, le général Mamadi Doumbouya ne se contente pas de ternir la mémoire des 156 victimes du massacre du 28 septembre 2009, il perpétue également un cycle d’injustice et de répression qui écrase notre pays sous son régime dictatorial.
Cette libération n’est pas un geste isolé, mais une preuve manifeste du mépris de ce pouvoir envers la justice et les droits humains. Elle confirme que la priorité du régime actuel n’est pas la réconciliation ni la vérité, mais bien la consolidation du pouvoir à tout prix, sacrifiant ainsi des milliers de Guinéens qui ont enduré la brutalité de ce système oppressif.
Rappelons-nous : en 2020, sous les ordres de Mamadi Doumbouya, le Colonel Mamady Condé et le Sergent Mamady Demba Condé ont été tués après une fausse convocation militaire orchestrée par des membres du Groupement des Forces Spéciales, dirigé par Doumbouya lui-même. Un an plus tard, le Général Sadiba Koulibaly, victime d’une condamnation arbitraire, a été torturé et assassiné. Ces actes, restés impunis, témoignent de la nature même du régime de Doumbouya.
Les disparitions forcées et les assassinats ne cessent de plonger notre pays dans la douleur. En juin 2024, les activistes Oumar Sylla (alias Fonike Mengue) et Mamadou Bilo Bah ont été enlevés, torturés et exécutés au camp militaire de l’île de Kassa. Quelques mois plus tard, le Colonel Pépé Célestin Bilivogui, disparu pendant un an, a été retrouvé mutilé à la morgue de l’hôpital Ignace Deen.
La répression se poursuit, touchant aussi bien les opposants politiques que les citoyens ordinaires. Les manifestations pacifiques, un droit fondamental, sont systématiquement réprimées dans le sang. Le 5 septembre 2023, plusieurs jeunes, dont Souleymane Diallo, Mamadou Pathé Baldé, Moutar Keita et Mamadou Tanou Diallo, ont été abattus lors d’une marche pacifique contre le régime. En mai 2023, d’autres jeunes, comme Ibrahima Sory Diallo, Ousmane Bah, Thierno Ousmane Diallo et Boubacar Diallo, ont également été tués sous les balles des forces de sécurité.
Cette violence atteint des niveaux inacceptables. Un nourrisson de six mois a été tué lors d’une descente des forces de sécurité dans des foyers, et d’autres victimes, comme Djeneba Diakité, enceinte de sept mois, ont été tuées dans leur propre cour.
La situation ne cesse de se détériorer, avec des enlèvements systématiques d’opposants et d’activistes de la société civile. Le blogueur Ousmane Gnelloy Diallo, le coordinateur du Forum des Forces Sociales Abdoul Sacko, et bien d’autres, ont disparu sans laisser de trace, victimes de la terreur imposée par un régime autoritaire qui prétend servir la nation tout en l’asservissant.
Face à cette violence et à l’impunité qui se généralise, la grâce accordée à Dadis Camara est un véritable affront, non seulement aux 156 victimes du massacre du 28 septembre 2009, mais aussi à la mémoire collective de notre peuple. Ce geste ne s’inscrit pas dans une logique de réconciliation, mais dans une stratégie politique visant à rassurer des officiers frondeurs qui en interne veulent le départ du tortionnaire Mamadi Doumbouya à la tête de la junte militaire. Il est temps de dire NON à l’injustice, NON à l’impunité et NON à un régime qui sacrifie la Guinée sur l’autel de la répression, de l’autoritarisme pour se maintenir illégitimement au pouvoir.
Dr Ibrahima Sacko
Président de l’Union des Forces pour le Retour à l’Ordre Constitutionnel (UFROC)