Alors que les interrogations persistent sur les motifs réels de la présence de militaires sierraléonais sur une partie de terre supposée être guinéenne, chose qui a conduit à l’interpellation et rétention de 16 hommes des forces armées de la Sierra Léone, le Premier Ministre guinéen, ouvre la voie diplomatique pour le règlement du différend entre les deux pays.
Interpellé sur la question par nos confrères de Radio France Internationale (RFI) ce vendredi 27 février 2026, le Premier ministre guinéen Bah Oury a tenu à rassurer l’opinion publique. Convaincu que les deux pays n’entreront jamais en conflit, le chef du gouvernement rappelle les liens séculaires de fraternité entre Conakry et Freetown.
« Sur instruction du Président de la République, nous nous acheminons vers une gestion diplomatique de cette question. Et nous allons encore réitérer à nos voisins qui sont nos frères, avec qui nous partageons tout, les bonheurs comme les malheurs », a-t-il déclaré.
Selon le Premier Ministre, la Sierra Léone avec le Président Maada Bio et le Vice-Président Dioulde, s’est toujours portée aux côtés de la Conakry pendant les moments difficiles notamment lors de la crise provoquée par l’incendie du principal dépôt d’hydrocarbures de Coronthie, mais avant, lors des épreuves communes liées à la propagation de la fièvre hémorragique Ebola qui avait endeuillé les deux pays.
Le chef du gouvernement a rappelé le soutien constant des autorités sierra-léonaises lors des moments difficiles traversés par la Guinée, citant notamment l’appui du président Julius Maada Bio et de son équipe lors de crises majeures. Il a évoqué l’explosion du principal dépôt d’hydrocarbures à Conakry ainsi que les épreuves communes liées à la propagation de la fièvre hémorragique Ébola, qui avait durement frappé les deux pays.
Il rappelle aussi que les destins des deux pays sont liés et que la Guinée est un pays de paix. « Les actions diplomatiques seront toujours mises en avant pour régler tous les problèmes (…). Toutefois, Amadou Oury Bah déplore : « Il n’y a pas de raison que des soldats soient envoyés jusqu’à empiéter le territoire national sous prétexte de manifester concrètement une souveraineté quelconque. »
Entre ces deux voisins, une nouvelle montée de tensions avait déjà eu lieu en avril-mai 2025 après des mouvements militaires des deux côtés de la frontière dans le nord-est de la Guinée.
Dans un communiqué, le gouvernement de Sierra Leone confirmait que, lundi 23 février, des membres des Forces armées guinéennes ont franchi la frontière pour pénétrer dans la ville de Kalieyereh, dans la chefferie de Sulima, district de Falaba [Nord] où étaient déployés » des soldats et des policiers sierra-léonais.
« Au moment de l’incident, le personnel de sécurité sierra-léonais était occupé à fabriquer des briques pour la construction d’un poste frontière et d’un centre d’hébergement destiné à soutenir les opérations de sécurité dans la région », ajoute le texte.
Dans un communiqué mardi soir, l’état-major général des armées de Guinée a de son côté fait état d’une incursion de militaires sierra-léonais sur le territoire guinéen, survenue selon l’état-major dimanche dans la préfecture de Faranah.
Selon le communiqué signé par le chef d’état-major, le général Ibrahima Sory Bangoura, « quelques dizaines de militaires sierra-léonais armés ont pénétré sans autorisation sur le territoire guinéen ».
La Guinée et la Sierra Leone partagent plus de 700 km de frontière. En avril-mai 2025, une nouvelle montée de tensions a eu lieu après des mouvements militaires des deux côtés de la frontière dans une autre région, près de la localité de Yenga (nord-est de la Guinée), générant panique et inquiétude au sein des populations locales. Dans cette zone frontalière, le village de Yenga est contesté depuis plus de vingt ans. Ce territoire est revendiqué par la Sierra Leone, mais des soldats guinéens y sont encore présents.
La Sierra Leone et la Guinée appartiennent à plusieurs organisations régionales comme la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union du fleuve Mano, dernier cadre qu’ils ont en commun avec le Libéria et la Côte d’Ivoire.
Daouda Mohamed Camara
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