L’Afrique compte 54 pays.
Elle est le continent le plus riche en ressources naturelles mines, hydrocarbures et autres ressources énergétiques mais paradoxalement, elle demeure le continent le plus pauvre de la planète.
Aux yeux des intellectuels, ce paradoxe s’explique par une confusion persistante entre deux modèles distincts du secteur extractif.
¤-Le Modèle économique et financier : centré sur les quantités extraites, exportées et raffinées.
¤-Le Modèle minier et industriel : orienté vers la valorisation des actifs stratégiques et sectoriels, la création de valeur ou de la richesse, la fixation des prix, la commercialisation et le contrôle des produits miniers et industriels et de toutes les parties prénantes.
Les limites du modèle économique et financier : Depuis plus de soixante-dix ans (70) , l’Afrique se glorifie d’avoir extrait et exporté des millions de tonnes de bauxite, de cuivre, de minerais de fer ou d’or.
Pourtant, les populations continuent de souffrir de pauvreté, et les administrations fiscales ne récoltent que des recettes dérisoires.
Tant que les gouvernements privilégieront les volumes extraits et exportés, même avec des centaines de raffineries installées sur le territoire, l’Afrique restera prisonnière d’un sommeil minier et industriel structurel.
La solution est la culture et civilisation des actifs miniers et industriels.
La véritable voie de sortie réside dans la culture et civilisation de l’industrie des actifs miniers et sectoriels, autrement dit la Modélisation Africaine-MMA.
Il s’agit pour l’Afrique de :
¤-devenir propriétaire des actifs miniers et industriels.
¤-exploiter et valoriser ces actifs pour créer de la richesse nationale.
¤-financer durablement la lutte contre la pauvreté et renforcer la souveraineté économique et industrielle.
Sans cette appropriation, aucun projet minier ou industriel ne pourra atteindre ses objectifs.
L’Afrique ne peut plus se contenter d’extraire et d’exporter.
Elle doit bâtir une civilisation industrielle fondée sur la maîtrise des actifs miniers et industriels.
La Modélisation Africaine-MMA offre un cadre pour transformer la richesse minérale en prospérité intergénérationnelle et en souveraineté économique.
Les exemples concrets en République de Guinée
Si les dispositions institutionnelles , économiques et industrielles ne sont pas prises , des erreurs minières et industrielles deviendront les pièges structurels pour les finances publiques.
La République de Guinée et les raffineries minières : entre mirage économique et destin industriel
La Guinée est à la croisée des chemins.
Trois projets de raffinerie Chinalco, Wining et Mining avancent à grands pas sur notre territoire minier et industriel, selon les annonces des autorités minières et économiques.
À première vue, l’initiative semble prometteuse, car elle ambitionne de :
¤-transformer nos minerais sur place ;
¤-créer des emplois et ;
¤-générer des recettes fiscales.
Mais derrière cette vitrine séduisante se cache une question fondamentale pour toutes les générations présentes et futures.
Ces raffineries seront-elles un levier de souveraineté économique ou un nouveau piège de dépendance avec les partenaires miniers ?
L’illusion des promesses :
On nous parle de milliers d’emplois nationaux, de milliards de recettes, d’une Guinée, enfin actrice de la chaîne industrielle mondiale.
Mais l’histoire industrielle nous a appris que les promesses minières, lorsqu’elles ne sont pas encadrées par des règles strictes, se transforment en désillusions : le cas de l’usine de Fria est une parfaite illustration aux yeux et vues de toutes les autorités.
Les multinationales savent capter la valeur ou la richesse créee, et sans une structuration rigoureuse des contrats, les bénéfices risquent de s’évaporer hors de nos frontières, par des mécanismes économiques , techniques, juridiques et fiscaux hors du contrôle de nos institutions.
Le risque d’une opportunité manquée :
À court terme, l’enthousiasme est légitime.
Mais à moyen et long terme, si nous ne posons pas les conditions de revenus équitables, de transfert de technologie et d’innovation locale, la Guinée perdra une occasion historique de bâtir son tissu industriel.
Les raffineries deviendront alors des enclaves étrangères, profitant à nos partenaires mais laissant notre économie nationale dans la dépendance.
Une exigence de souveraineté
La Guinée ne doit pas se contenter d’être un simple terrain d’exploitation.
Elle doit imposer des conditions strictes :
¤-Le partage des revenus transparent et équitable.
¤-L’implication des acteurs locaux dans la gestion et la gouvernance.
¤-La protection environnementale pour éviter que nos populations ne paient le prix fort.
¤-La diversification industrielle, afin que les raffineries ne soient pas des îlots isolés mais des moteurs d’un développement intégré;
¤-La vigilance sur la structure du coût des capitaux propres de nos partenaires et les emprunts externes;
¤- L’arbitrage entre le modèle minier ou industriel et le modèle économique ou financier pour le partage de la propriété ou copropriété des actifs et composantes des Raffinéries et;
¤-L’arbitrage du meilleur schema d’acquisition et exploitation des technologies et techniques minières ou industrielles.
Par conséquent, cette tribune n’est pas un rejet des projets de Raffinerie, mais un appel à la vigilance des pertes futures et des risques liés aux pratiques minières et industrielles.
La Guinée doit refuser le rôle de spectatrice et devenir l’architecte de son destin minier et industriel.
Les raffineries peuvent être une chance, mais seulement si elles s’inscrivent dans une vision nationale de développement durable et souverain : la Modélisation Africaine-MMA est la seule alternative pour toute l’Afrique.
Car au fond, la vraie question est simple :
Voulons-nous bâtir une Guinée qui transforme ses richesses pour elle-même, ou continuer à les céder au prix d’une dépendance structurelle et éternelle ?
Par Abdoulaye Soumah, Doctorant en politique budgétaire et fiscale des industries minières dans les pays en developpement
Abdoulaye Soumah












