À l’approche de chaque rentrée, la même angoisse revient chez de nombreuses familles guinéennes : comment payer l’école sans sacrifier le reste ? Pour beaucoup de parents, la rentrée n’est plus ce moment heureux où l’on accompagne son enfant vers une nouvelle année. C’est un parcours du combattant inscription, scolarité, fournitures, uniformes, transport, cantine, une facture qui s’alourdit et qui, pour les revenus modestes, finit par peser lourd. Il faut le dire : derrière chaque enfant scolarisé, il y a souvent un parent qui se prive pour tenir sa promesse.
Quand un père ou une mère doit choisir entre la scolarité, le loyer, les médicaments ou la nourriture, on n’est plus dans une simple question de frais scolaires. On est face à une question sociale et nationale.
Il ne s’agit pas de condamner l’enseignement privé bien au contraire. Nos établissements privés accueillent des milliers d’enfants et absorbent une part de la demande que le public ne peut pas toujours satisfaire. Mais une vérité mérite d’être rappelée : l’éducation peut être dispensée par un opérateur privé, elle demeure un service d’intérêt public. La recherche de rentabilité ne peut donc pas effacer la responsabilité sociale qui va avec. L’État doit renforcer son encadrement transparence des frais, respect des normes, qualification des enseignants. Il ne s’agit pas de « tuer le privé », mais d’en faire un partenaire responsable.
C’est du côté de l’école publique que se trouve la solution la plus durable. Aucune famille ne devrait s’endetter pour offrir une bonne éducation à son enfant. L’école publique doit redevenir un choix de confiance, avec des infrastructures dignes, des enseignants bien formés, des bibliothèques, des cantines, des sanitaires décents. Il faut saluer les efforts engagés par les autorités actuelles : l’école primaire Barry Diawadou de Dixinn, avec ses dix-huit salles de classe, sa bibliothèque, son infirmerie et sa cantine, montre ce que peut devenir une école publique quand elle bénéficie d’un vrai investissement. Ces efforts méritent d’être multipliés et généralisés à tout le territoire.
Il serait injuste de laisser les parents supporter seuls le coût croissant de l’éducation. Il faut renforcer l’offre publique, contrôler réellement les frais d’inscription dans le privé, publier des grilles tarifaires claires, lutter contre les frais abusifs, et développer les cantines et le transport scolaire. C’est aussi la condition pour freiner cette « transhumance scolaire » vers le privé que plusieurs acteurs du système éducatif ont récemment dénoncée — un phénomène qui affaiblit encore davantage l’école publique.
Une nation ne peut pas accepter que la situation économique des parents détermine l’avenir scolaire des enfants. L’enfant d’un fonctionnaire, d’un commerçant, d’un agriculteur ou d’une vendeuse du marché doit avoir le même droit à une éducation de qualité. La pauvreté des parents ne doit jamais devenir une condamnation pour leurs enfants.
C’est pourquoi, à l’approche de la prochaine rentrée, je lance un appel humble mais ferme aux pouvoirs publics, aux promoteurs d’écoles privées, aux enseignants et aux parents : pensons à nos familles avant de penser aux chiffres. Pensons à cette mère qui se demande comment payer les fournitures de ses trois enfants, à ce père qui emprunte pour régler la scolarité, à cet enfant qui ne comprend pas pourquoi ses parents sont anxieux à l’approche de la rentrée.
L’éducation ne doit pas devenir un luxe réservé à ceux qui en ont les moyens. Nous devons construire une Guinée où l’école publique est assez forte pour offrir une alternative crédible, où l’école privée est assez professionnelle pour être un partenaire de qualité, et où l’État joue pleinement son rôle de régulateur. Aux gouvernants : poursuivez les investissements dans l’école publique. Aux établissements privés : soyez des partenaires, pas une source de pression supplémentaire. Aux parents : votre inquiétude est légitime. À toute la nation : faisons de l’éducation une priorité sociale, pas seulement une ligne budgétaire.
Car investir dans l’école, c’est investir dans la paix sociale, l’égalité des chances et l’avenir de la Guinée. Pour nos enfants. Pour nos familles.
Pour la Guinée.
Soninké Diané Citoyen














