Enquête – Alors que la crise ouverte par la chute de Bouba Sampil semblait refermée, des révélations accablantes visent désormais son successeur, Sorel Doumbouya. Témoignages, documents internes et décisions controversées dessinent les contours d’un système où influence, corruption et violations des textes se mêlent dangereusement.
Un football guinéen englué dans les crises
Depuis des années, la Fédération guinéenne de football (Féguifoot) navigue de crise en crise. La destitution de Bouba Sampil, après des mois de tensions internes, avait laissé espérer une accalmie. Conformément aux statuts, c’est le doyen du comité exécutif, Sorel Doumbouya, également président du Milo FC, qui avait repris les rênes de l’institution.
Mais loin d’apaiser les tensions, son arrivée semble avoir ouvert un nouveau chapitre, encore plus opaque.
Un enregistrement explosif
Tout bascule il y a quelques semaines.
Un enregistrement audio, largement partagé dans les milieux sportifs, laisse entendre une voix attribuée à Sorel Doumbouya en train de proposer un arrangement financier à un joueur de première division. Le club concerné dépose immédiatement plainte.
Le choc est immense.
Face à la gravité des accusations, le comité exécutif saisit la commission d’éthique, lui demandant d’ouvrir une enquête interne.
Une enquête étouffée ?
C’est ici que l’affaire prend une tournure plus sombre.
Selon plusieurs sources proches du dossier, le président Sorel aurait offert des terrains au président de la commission d’éthique, M. Diawara, ainsi qu’à deux autres membres, afin d’obtenir un refus d’enquête.
Une enquête qui, si elle avait été ouverte, aurait automatiquement suspendu Sorel Doumbouya de ses fonctions.
Quelques jours plus tard, la commission d’éthique adresse une lettre officielle au comité exécutif :
aucune enquête ne sera ouverte.
Aucune justification.
Aucun argument juridique.
Juste un refus catégorique.
Manœuvres autour de l’Assemblée générale
À l’approche de l’Assemblée générale du 26 juin à Conakry, les tensions montent encore d’un cran.
À l’ordre du jour figure la question des membres cooptés, un mécanisme déjà utilisé lors de l’élection du comité actuel. Le comité exécutif propose une liste de sept noms.
Mais selon plusieurs témoignages recueillis par notre rédaction, Sorel Doumbouya chercherait à éliminer certains cooptés jugés hostiles.
Pour y parvenir, il aurait demandé à la commission électorale d’imposer un vote individuel, et non un vote par liste comme le prévoient les textes.
La commission s’exécute immédiatement et adresse une lettre imposant cette nouvelle règle — en contradiction totale avec les statuts de la Féguifoot et de la FIFA.
Le comité exécutif proteste.
La commission répond sèchement qu’elle ne reçoit d’ordres de personne.
Des électeurs sous pression
Notre rédaction a rencontré plusieurs électeurs.
Tous confirment avoir reçu des consignes de vote précises : soutenir trois candidats identifiés comme proches de Sorel Doumbouya — Ifra Dieng, M. Irandouno et un certain Doumbouya.
Certains membres du comité exécutif eux-mêmes disent ne pas comprendre l’attitude de la commission électorale, qu’ils jugent « inexplicable » et « dangereuse pour la crédibilité du processus ».
Une assemblée générale sous haute tension
À ce stade, même la tenue de l’Assemblée générale semble incertaine.
Entre accusations de corruption, décisions irrégulières, pressions sur les électeurs et affrontement institutionnel, le football guinéen traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente.













