À Conakry, sur plusieurs artères publiques, des enfants avec des plateaux ou des bassines remplies de marchandises sur la tête déambulent à longueur de journée. Ils se faufilent entre les véhicules pour écouler leurs produits, s’exposant ainsi à de graves risques d’accident. Cette situation, souvent liée à la précarité des familles, se poursuit même pendant les heures de cours. Au carrefour de Kissosso par exemple, ils sont nombreux des enfants qui, au lieu d’être en classe, vendent de l’eau aux bords de la route, pendant que leurs camarades suivent les cours. Interrogés, ces enfants vendeurs expriment leur ferme volonté de retourner à l’école.
Sous la pluie comme sous le soleil, la journée comme la nuit, pendant les vacances comme en période scolaire, Mohamed Lamine Dansoko et Alseny Barry, tous les deux passent leurs temps à vendre de l’eau minérale entre les véhicules pendant que les enfants de leur âge sont à l’école pour apprendre.
Âgé de 13 ans et orphelin de mère, nous a-t-il confié, Mohamed Lamine Dansoko a abandonné les bancs de l’école en classe de 4ème année du primaire par manque de soutien. Aujourd’hui, le petit garçon a du mal à supporter sa condition de vie. Il espère retrouver le chemin de l’école malgré les difficultés auxquelles il est confronté. « J‘étais à l’école mais depuis que je suis venu ici, chez la sœur de ma mère, je ne vais plus à l’école. Je ne fais que vendre de l’eau tous les jours. Je ne veux plus faire cela. Je veux juste me retourner à l’école pour apprendre comme mes amis. »
Âgé de 11 ans, Alseny Barry est, lui aussi, orphelin, mais de père. Comme Mohamed Lamine Dansoko, il a dû abandonner l’école en classe de 2ème année du primaire. Aujourd’hui, ce garçon ne souhaite plus continuer à vendre de l’eau à la sauvette. Son rêve est de reprendre ses études et construire son avenir.
« J’ai étudié jusqu’en deuxième année. Aujourd’hui, je ne vais pas à l’école. Mes
parents qui sont censés financer mes études sont au village. Ils n’ont pas les moyens de m’acheter les fournitures scolaires. »
Sur place, à Kissosso, alors que nous suivions ces deux mineurs dans leur activité de vente à la sauvette, un motard s’arrête, assoiffé. Il fait signe à l’un des enfants pour lui acheter de l’eau afin d’étancher sa soif.
À peine a-t-il terminé de boire l’eau achetée auprès du petit Alseny Barry que nous nous approchons de lui pour recueillir son avis sur la situation de ces enfants qui vendent dans la rue au lieu d’aller à l’école. L’homme, qui s’est présenté à notre micro sous le nom de Francis Loua, exprime sa désolation face à cette réalité.
« La place des enfants, c’est à l’école. C’est ce qui est normal. Un enfant ne doit pas vendre dans la rue. À ce stade, c’est à nous, les parents, de nous battre pour eux et d’assurer leur avenir. J’éprouve de la pitié en les voyant dans ces conditions, pendant que leurs camarades sont en classe. »
Quelques minutes après ce témoignage empreint de compassion, les feux tricolores du carrefour de Kissosso, sur la voie menant vers Entag, passent au rouge, obligeant momentanément les véhicules à s’arrêter.
À cet instant précis, les deux enfants et nous, journalistes, nous empressons de poursuivre chacun son objectif. Les enfants déambulent entre les véhicules pour écouler leurs marchandises. De notre côté, nous profitons de cet arrêt momentané de la circulation pour recueillir les avis d’autres usagers de la route sur cette réalité préoccupante : des enfants contraints de vendre à la sauvette au milieu de la circulation.
Devant la portière d’un véhicule transportant plusieurs passagers, nous tendons notre micro à une passagère. Le chauffeur, faisant preuve de compréhension, accepte de garer sur le côté de la route après le changement des feux tricolores, afin de nous permettre de recueillir son témoignage.
Cette passagère, dont nous n’avons pas pu recueillir le nom, partage le même sentiment de compassion que Francis Loua face aux conditions dans lesquelles ces enfants exercent leurs activités.
« Ce n’est pas normal de voir des enfants vendre dans la rue alors que les autres sont à l’école », déplore-t-elle.
Les deux mineurs vendeurs à la sauvette, Mohamed Lamine Dansoko et Alseny Barry ont lancé un appel au chef de l’État, Mamadi Doumbouya, aux membres du gouvernement, aux ONG intervenant dans le secteur de l’éducation ainsi qu’aux personnes de bonne volonté. Ils les invitent à unir leurs efforts à ceux de leurs parents afin de leur permettre de retrouver le chemin de l’école et de jouir pleinement de leur droit à l’éducation et à la formation. Convaincus qu’une personne entendra leur appel, Mohamed Lamine Dansoko et Alseny Barry ont bien voulu laisser un contact pour toute aide : 620492438
Mohamed Lamine DAFFÉ pour Sursautguinee.com












