À l’heure où les épilogues se multiplient autour de l’ossature du futur gouvernement et des figures appelées à le composer, il paraît opportun de s’interroger sur une question aussi simple en apparence que fondamentale en réalité : qu’est-ce qu’un bon ministre ?
Cette réflexion ne se veut ni savante ni doctrinale. Elle ambitionne plutôt de nourrir le débat public autour de critères objectifs susceptibles d’orienter le choix des ministres, au-delà des considérations purement politiques ou circonstancielles.
Il est, bien entendu, difficile d’énumérer de manière exhaustive toutes les qualités qu’un bon ministre devrait réunir. Toutefois, cinq facettes essentielles méritent, à mon sens, que l’on s’y attarde.
La première est celle des compétences. Celles-ci peuvent être directement liées au secteur concerné ou revêtir un caractère transversal. Le ministre n’a pas vocation à se substituer à un directeur général, à un chef de service ou à un cadre technique. Néanmoins, il doit disposer d’un socle de connaissances suffisant lui permettant d’apprécier la pertinence, la cohérence et l’efficience des propositions qui lui sont soumises, ainsi que des rapports qui lui sont remontés.
La deuxième facette tient à la capacité managériale. Le ministre n’est ni omnipotent ni omniscient. Il est un chef d’équipe, appelé à s’entourer de personnes compétentes dans leurs domaines respectifs. Mais savoir s’entourer ne suffit pas : encore faut-il être capable, tel un chef d’orchestre, d’harmoniser les talents, de créer une dynamique collective et de donner une direction claire. Les cadres doivent partager l’idéal d’accompagner le chef de département dans la réalisation des objectifs assignés, et le ministre doit savoir susciter cette adhésion.
En troisième lieu, vient le savoir-faire administratif. C’est un secret de polichinelle : la pratique administrative obéit à des codes qui ne sont pas accessibles à tous. À tout le moins, un ministre doit comprendre le fonctionnement de l’administration publique : comment elle communique, comment une loi de finances est élaborée et votée, comment un budget est exécuté, ou encore comment les directions interagissent entre elles. Cette maîtrise minimale conditionne l’efficacité de l’action ministérielle.
À cela s’ajoute la nécessité de disposer d’une assise relationnelle, tant au sein des hautes sphères de l’État qu’en dehors. En Guinée, tous sont ministres, mais tous ne se valent pas. La réalité de l’action publique impose parfois de mobiliser des relations interpersonnelles, d’emprunter les couloirs de négociations officieuses et de savoir composer avec des équilibres subtils pour faire avancer certains dossiers sensibles.
Enfin, un bon ministre doit trouver le juste équilibre entre technocratie et politique. Trop technocrate, il risque de s’enfermer dans des réformes structurelles au point de négliger les impératifs politiques du chef de l’État et les opérations à portée symbolique ou communicationnelle, qui contribuent parfois à la stabilisation de la notoriété et de l’adhésion populaire.
À l’inverse, un ministre excessivement politique peut être tenté de privilégier les projecteurs et les foules au détriment des réformes de fond et des transformations durables. L’art ministériel réside précisément dans cette capacité à concilier efficacité technique et intelligence politique.
Si Dieu le veut, et si la nécessité s’y prête, je reviendrai dans des publications spécifiques sur chacun de ces éléments, afin d’en approfondir les contours et les enjeux.
Emmanuel LOUA