Poursuivis pour incitation à la haine, Moussa Oularé a comparu ce lundi devant le tribunal de première instance de Dixinn.
Après avoir reconnu les faits et présenté ses excuses à la communauté forestière, le prévenu a été déclaré coupable et condamné à un an d’emprisonnement, assorti d’une amende de 10 millions de francs guinéens.
Interrogé par le procureur sur les raisons de ses déclarations, Moussa Oularé qui a fondu en larme, a répondu en présentant ses excuses et accusant son compagnon qui a publié la vidéo alors que ce n’était pas prévu :
« Je voulais simplement guider un étranger qui ne connaît pas la Guinée. J’ai grandi en forêt, plus précisément à N’Zérékoré, donc je ne peux en aucun cas dénigrer mes parents forestiers. J’ai tenu ces propos sous l’effet de la colère, sinon, en temps normal, je ne peux pas le faire… Je lui ai fait du bien, il m’a récompensé par le mal. Sinon, la vidéo n’était pas en live, il a coupé certaines parties pour publier ce qu’il voulait. Je demande pardon à la communauté forestière. »
Et au procureur d’insister : « Vous avez parlé en pleine connaissance de cause, parce que vous avez grandi en forêt, donc vous connaissez bien la communauté forestière… »
« Non, monsieur le procureur », a-t-il répondu avant d’ajouter : « … je l’ai (lui ai) juste dit pour montrer la position géographique… »
« Comment avez-vous su que c’était un Forestier ? », a encore demandé le procureur.
« Par son accent », a-t-il répondu en substance.
Lors de ses réquisitions, le procureur Aboubacar Sidiki Camara a estimé que les faits étaient suffisamment graves pour mériter une sanction exemplaire :
« Le ministère public contre monsieur Moussa Oularé, qui est poursuivi pour des faits d’injures publiques… ces faits sont prévus et punis par les articles 29 de la loi 037, mais aussi par les articles 363 alinéa 2 et 366. C’est vrai, aujourd’hui, il fait son mea culpa ici, il se met en larmes. Nous, monsieur le président, avons la conviction qu’il a tenu ces propos en pleine connaissance de cause pour blesser. Ce n’est pas seulement pour une indication. Tout un peuple se trouve indigné à travers les propos de monsieur Oularé. Le ministère public requiert 5 ans d’emprisonnement et le paiement d’une amende de 10 millions de francs guinéens. »
Du côté de la défense, Me Kemoko Malick Diakité a plaidé les circonstances émotionnelles, appelant le tribunal à tenir compte de l’état de colère dans lequel son client se trouvait :
« Il faut parfois tenir compte des circonstances dans lesquelles les propos ont été tenus. Alors, si l’on doit condamner quelqu’un qui tient des propos de manière sereine et une autre personne qui s’exprime sous l’effet de la colère… celui qui a parlé sous la colère n’est pas forcément quelqu’un qui veut diviser les ethnies. Franchement, je crois que son pardon est recevable. D’autant plus que ce n’est pas lui qui avait la caméra, et ce n’est pas lui non plus qui a diffusé ces images (…) »
Dans son plaidoyer, Moussa Oularé s’est exprimé en ces termes : « Imaginez, j’ai fini mes études il y a deux ans. Je n’ai pas cherché à quémander, je n’ai jamais été incriminé, je n’ai jamais volé, je n’ai jamais tué, je n’ai jamais été convoqué par qui que ce soit. J’ai commencé à entreprendre. Si ce n’est pas pour le bien de ce pays, créer de l’emploi, aider nos frères et nos sœurs, moi, je ne peux pas être la cause de notre discorde. Mes frères, mes sœurs, si j’ai eu à vous blesser, je vous demande pardon. L’erreur est grave, la faute est grave. Mais essayez de trouver une place dans votre cœur. Pensez si c’était votre fils, votre frère, votre sœur. Ma famille en souffre. Ma maman se trouve en forêt, mon papa aussi. Imaginez ce que mes propos ont causé. Je les ai déshonorés… »
Après avoir écouté toutes les parties au procès, le juge Mohamed Sangaré a rendu sa décision :
« Le tribunal déclare Moussa Oularé coupable des délits d’incitation à la haine et d’injures par le biais d’un système informatique. Pour la répression, le condamne à un an d’emprisonnement et à 10 millions de francs guinéens d’amende. Met les frais et dépens à la charge du condamné. Les parties disposent de 15 jours pour relever appel si elles ne sont pas d’accord avec la décision », a coupé, le juge Sangaré.
Almamy Camara














