À chaque saison des pluies, la capitale guinéenne est confrontée à une tragédie récurrente : l’inondation des voiries et des habitations, qui entraîne souvent des pertes en vies humaines. Face à ce constat, une question s’impose : faut-il incriminer l’incivisme des citoyens ou le laxisme de l’État ?

Ce qui interpelle, c’est le manque de volonté politique réelle du département en charge de l’assainissement, qui semble se contenter d’une communication sur les réseaux sociaux en guise de solution. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de rejeter la faute sur l’incivisme des populations, mais plutôt de concevoir une stratégie et un programme cohérents pour endiguer définitivement ce drame hivernal.
Actuellement, les actions de curage restent inachevées : les ordures excavées, faute d’être ramassées, gisent au bord des caniveaux avant de retourner à leur point de départ. Ce manque de suivi opérationnel constitue la principale faille du système. Certes, on assiste parfois à la mobilisation de l’armée ou à l’instauration de journées nationales d’assainissement, mais pour quel résultat tangible ?
La solution réside d’abord dans une sensibilisation générale et profonde des populations, qui sont à la fois les agents de la salubrité et les acteurs potentiels de l’insalubrité. Les mesures coercitives et sporadiques ayant montré leur inefficacité, il est crucial de conscientiser les citoyens en les plaçant face au défi de l’insalubrité et à ses conséquences directes sur la santé publique. Tant qu’elles se complairont dans une posture de victimisation, les populations ne mesureront pas leur part de responsabilité, courant le risque de se désengager totalement.
En dernier ressort, la responsabilité incombe à l’État, à travers son ministère de l’Assainissement. Ce département doit élaborer un plan d’action assorti d’un calendrier d’exécution permanent, fonctionnel tout au long de l’année. Cela implique notamment le déploiement d’unités de collecte via la création de PME, un maillon indispensable à la réussite de l’opération. En effet, le retard accumulé dans le ramassage est la cause directe du débordement des eaux de ruissellement, qui envahissent les routes et les concessions en charriant des montagnes de déchets.
Enfin, les entreprises de ramassage d’hier et d’aujourd’hui ont largement montré leurs limites dans le traitement des déchets. La véritable rupture technologique et économique consisterait à construire une unité industrielle de valorisation des déchets, capable d’acheter les ordures directement aux ménages. Une telle approche financièrement incitative serait le levier le plus puissant pour garantir, durablement, la salubrité de la ville.
En définitive, face au drame récurrent des inondations hivernales, l’heure n’est plus aux campagnes virtuelles ni aux solutions de façade. La salubrité de Conakry exige une volonté politique ferme, traduite par des investissements industriels courageux et un partenariat sincère avec les populations. Il est temps que l’État prenne pleinement ses responsabilités pour que la saison des pluies cesse d’être synonyme de deuil et d’angoisse, et redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être : une source de vie et de prospérité pour la nation. La gestion de l’insalubrité à Conakry ne peut plus se satisfaire de mesures cosmétiques ou de réactions saisonnières.
Pour briser définitivement cette ritournelle tragique, l’État doit opérer un changement de paradigme radical : cesser de diaboliser le citoyen pour en faire un partenaire économique à travers la valorisation industrielle des déchets. C’est en transformant les ordures en ressources, et la contrainte en opportunité, que la capitale guinéenne pourra enfin respirer, se moderniser et garantir à ses habitants un cadre de vie digne et sécurisé.
Par SIDIMÉ Alpha Kabinet, journaliste












